En mai, fait ce qu’il me plait
Oui, je sais, on vous l’a déjà servie, cette excuse. En fait, les premiers humains la sortaient peut-être déjà, j’imagine le dialogue d’ici…
-Groumph, tu devais nettoyer ces graffitis de mains que les enfants des voisins ont fait plein les murs de la grotte !
-J’ai pas eu le temps mon mammouth*, j’ai dû traire le dinosaure**.
Enfin bref, j’ai pas eu le temps, parce que en ce moment, j’apprends des tas de trucs, que j’écris des mémoires, et que dans mon temps libre je préparais mon examen passé lundi dernier. Vous savez, celui pour devenir interprète, tout ça.
Première bonne nouvelle : mes séances de PNL ont apparemment eu un effet. Ce qui est très drôle, c’est que le seul symptôme classique du stress que je n’avais jamais connu a remplacé tous les autres. ce qui est moins drôle, c’est que la bouche sèche, pour un oral, on a vu mieux. Par chance c’est passé assez vite.
Mais je saute les étapes. Car mes trente premières secondes dans la salle ont probablement été le moment où j’ai fait le plus d’effet au jury. Maman, je te dédicace ces lignes. Tes années d’effort ont porté leurs fruits. Ton éducation, celle-là même que je prends parfois (quand ça m’arrange) tellement à la légère, a fait rire mon examinatrice numéro 2. En effet, une fois entrée, je suis restée debout. Et le jury, occupé à regarder mon dossier, n’a rien remarqué. Jusqu’à ce que l’une relève la tête et s’exclame :
« Ho mais asseyez-vous ! Pardon, mais on n’a pas l’habitude que les élèves attendent qu’on leur dise pour s’asseoir…».
Reste à savoir si ça a été un avantage, parce qu’à leur place j’aurais probablement pris ça pour une gigantesque tentative de flagornerie.
Suivit une petite discussion. Voyant dans mon C.V. que j’avais fait une base de données terminologique en allemand sur le nucléaire, les deux germanistes me demandent où la trouver - nulle part, bien sûr, mais je peux leur envoyer. Ce qui fait de moi la seule élève à être sortie de l’examen avec les cartes de visite de deux examinatrices…
Décidément il ne manquait que le costume de groom et je pouvais leur lustrer les pompes. Mais je jure que les évènements furent fortuits.
Bon et puis il fallait bien passer l’examen un jour. Première épreuve, français vers anglais. J’ai été naze, messieurs-dames. Pas catastrophique, mais naze, oui. Il a fallu me relancer pour les deux derniers éléments. Retour : correction d’une maladresse linguistique et d’une déformation de sens. Peut-être que ça peut passer, je n’en usis pas sûre.
Puis épreuve d’allemand vers français. On m’annonce gentiment que ça va parler de la coupe de foot de l’Euro, et « Vous vous intéressez au sport ? » Ben non. La panique a dû se lire sur mon visage, car la deuxième me rassure : aparemment, il me suffit de savoir que la coupe existe pour m’en tirer. Pensée fugitive pour Yannick - sans toi je ne saurais probablement même pas que ça s’appelle l’Euro et je serais bloquée sur “le championnat de foot européen”.
Je coupe court au suspens : ça parlait de la rougeole, et ça je sais le dire (allez savoir pourquoi je sais dire rougeole, prophylaxie, vaccination, mais pas coupe de l’Euro).
Et j’étais assez contente de moi arrivée à ma dernière phrase. Seulement c’est pas moi qui juge, et le jury, quant à lui, a déclaré unanimement… rien du tout, hahaha, je vous ai bien eus. L’une a déclaré être satisfaite, l’autre a fait signe que oui, et la troisième était là pour les hispanophones. Je pris donc mes cliques et mes claques, réussit à sortir de la salle sans trébucher et entreprit immédiatement de me perdre dans les couloirs de cette fac inconnue, ça m’apprendra à repasser en boucle l’examen dans ma tête au lieu de regarder où je vais.
Finalement cet examen a été une grande première pour moi : fait unique, j’étais plus optimiste sur mes chances de réussite en en sortant qu’en y entrant. Et même si je ne suis pas prise, je n’ai pas honte de ma prestation***.
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*La biche étant sous-évaluée car apportant moins de viande, bien entendu.
**Oui, je sais. Mais c’est tellement plus drôle comme ça.
***Enfin pas trop !