Not really but not really not, either
Il y a quelques jours, j’ai envoyé un dossier de candidature à l’ESIT en leur disant que j’aimerais vraiment bien devenir interprète et que ça serait très chouette s’ils m’accordaient au moins la dérogation me permettant de me présenter à l’examen.
Maintenant… l’attente. Le poison de l’âme par excellence, attente inerte, vérification compulsive des emails, décompte des jours. Tout en sachant très bien que les inscriptions se clôturent le 15 cachet de la Poste faisant foi, et que, probablement, aucune réponse ne sera donc envoyée avant le 18 (pour laisser le temps aux courriers du 15 à 23h59 d’arriver), je vérifie nerveusement trente fois par jour sous mon boudin de porte qu’aucune lettre n’est coincée, cachée, honteusement dérobée à mes regards fébriles d’aspirante-examinée.
Jeux pervers d’un cerveau qui ne veut pas être déçu, j’accumule les statistiques inventées. Une chance sur deux qu’ils acceptent mon dossier, une sur quatre de réussir l’anglais, une sur cinq de réussir l’allemand, ça fait une chance sur quarante d’être acceptée. Une chance sur quarante…
Ha mais attendez, il y a une deuxième chance: l’ESIT. Alors là, c’est 90% de chances que le dossier passe, 1 sur 3 pour l’anglais et une sur 4 pour l’allemand, ça fait 3 chances sur 40, environ 1 sur 13, c’est mieux. Une chance sur 520 d’avoir les deux, mais une sur dix d’avoir un des deux. Oui, nettement plus engageant, comme statistiques.
Et voilà à quoi mon cerveau passe les trajets en métro, pendant que mes yeux font semblant de lire mes cartes de japonais.
Pour mettre quelques chances de plus de mon côté, je me suis décidée à aller voir un PNListe. Au bout de deux heures de lévitation du bras, j’avais certes une courbature, mais surtout même quand j’imagine le jury en train d’attendre la faute, je reste calme. Et pourtant, le jury de mon imagination…
Vous avez vu Oliver Twist par Walt Disney ? Le tribunal qui le condamne à mort pour avoir… je ne sais plus quoi, demandé de la soupe possiblement. Le juge, yeux de renard enragé et chicots noirs, la perruque de travers, qui abat son maillet en prononçant la sentence, prend des allures de lapinou rose à côté de la jolie dame bien habillée avec son sourire calme de mes cauchemars qui énonce posément que franchement, ça ne va pas être possible. Quel monstre, cette femme, tellement plus talentueuse, plus belle, plus tout que moi, avec ses dents pointues qui brillent de l’éclat ravageur de celles qui a le boulot que tu veux et va bientôt te voler ton goûter…
J’ai à nouveau cinq ans chaque fois que j’y pense. Est-ce que ça fait toujours cet effet, de vouloir quelque chose qu’on ne peut pas avoir ? Si c’est ça qu’on appelle l’envie dans la Bible, comment a-t-on pu en faire un péché ? Prenez-nous plutôt en pitié, quand nous regardons avec des yeux brillant un avenir auquel seuls quelques inconnus ont droit.
Insatiabilité ? J’ai déjà pu faire traduction, et je me broye encore le cerveau pour l’interprétation. Si encore c’était ma seule possibilité, mais même pas. Je peux faire, et aime, la traduction, la localisation, la conception de site Web, la gestion de projet, la terminologie, les crêpes, pardon je m’égare. Je peux même déjà faire de l’interprétation de liaison, et de toutes façons, si je n’ai pas l’examen je peux revenir dans 5 ans, ou partir le faire en Allemagne.
Seulement moi, j’ai la patience d’un enfant de deux ans. Non, c’est injuste pour eux, mettons d’un de six mois.
Alors il ne me reste plus qu’à l’avoir, ou à devenir rock star. C’est bien aussi, rock star.
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P.S. Si le titre n’a rien à voir, c’est que je n’allais pas du tout écrire ça, mais que là, je n’ai pas d’idée de titre ad hoc.