Wednesday, September 5, 2007

Les Exilés

Evidemment, j’aurais dû le savoir.

Comment ne pas m’y être attendu ? J’ai été dans l’autre rôle, éternellement sur le départ, une valise revenue d’Allemagne et un sac en partance pour la Californie, un visa pour le Japon et la télévision sur l’Afrique noire.

Veni, vidi, veni, vidi, mais n’ai rien vici. Ai-je fui, comme certains m’en accusaient, la famille, les pas-vraiment-amis, la grisaille, moi-même ? Qui sait ?

Et aujourd’hui, je suis celle qui reste. Bien sûr, je savais que ça me pendait au nez. Quelle idée de faire des études de langue, si on ne veut pas voir les gens partir… Que sont mes amis devenus, comme disait l’aut’.

Alice est déjà partie, et même arrivée. Marie, c’est pour demain. Charlotte revient pour dix jours. Ophélie s’installe. Charles est revenu depuis longtemps, mais sa tête est toujours en Angleterre, parfois au stade de Liverpool et parfois à l’université. Cousins, amis, soeurs, vagues connaissances, les départs et les retours se croisent dans un tourbillon incessant de bruits, couleurs et souvenirs.

Quelle étrange sensation que d’être celle qui reste à quai.

Comme le temps passe…

Déjà les études se finissent (presque). Déjà, les amis s’éparpillent, déjà, je me demande où je vivrai l’année prochaine, comment je vais pouvoir survivre dans ce monde sans pitié pour les jeunes diplômés.

Déjà, quand je regarde le site de l’ANPE, ce n’est plus pour m’informer par pure curiosité, mais presque pour me faire peur. Ca, au moins, ça n’a pas changé, j’aime toujours me faire peur! Et rien de tel que les offres d’emploi pour Bac+5 payés au SMIC pour ça. Bref.

 

On a l’habitude de dire que le monde est devenu plus petit - les avions, Internet, les chaînes télé internationale, on peut être partout, tout le temps, en quelques clics, en quelques heures. Et pourtant, comme je me sens loin de tout… Loin de Toulouse (6h de train), loin de New York (7h d’avion), loin de Dublin (4h de divers), loin de Lyon (2h de TGV), même loin de Fontainebleau (45 minutes de tortillard à 40° en été, 2° en hiver) et de la rue de Rennes (2 minutes de mon école à pied, sonne à vide trop souvent). Sans même parler de ceux qui partent en Chine, je ne veux même pas savoir combien de temps il faut pour ça.

Le monde est devenu si petit qu’on peut tout savoir sur des pays lointains. Le monde est trop grand pour ne pas être seule. Le monde est trop petit pour échapper à sa famille, trop grand pour la retrouver facilement.

C’est grave, docteur ? Je souffre de schizophrénie géographique.

Posted by at 14:08:36 | Permalink | Comments (2)