Monday, May 28, 2007

I don’t feel no shame…the world is mine!

Une fois encore, j’ai fait la preuve de mon extraordinaire talent pour la procrastination, et n’ai pas envoyé une seule candidature pour l’année prochaine.

Mais déjà j’ai trouvé un endroit où j’aimerai bien aller. On peut considérer ça comme un progrès.

Pour quelle raison tant de délai ? Je le sais depuis trois mois, qu’il me faut un contrat d’alternance pour septembre. Selon une habitude bien ancrée chez moi, je vais rejeter la faute sur quelqu’un d’autre, en l’occurrence: mon école. Pour vous donner une idée de l’ambiance, je vous rejoue la séance d’information…

 

La responsable: (Blabla institutionnel langue de bois, durée: 1h30). Vous avez des questions ?

Les élèves: Heu mais on peut faire quoi en fait ? Comme métier ?

La responsable: Et bien, tout. Grâce à nous, vous êtes multiculturels, multi-métiers et multifonctions, multitâches, multi-responsabilité, et multivalent, parce que ça aurait tout gâché de mettre un poly- à ce stade.

-Et multivitaminés?, demandé-je à ma voisine qui me fait signe d’arrêter de dire des idioties parce que la elle écoute (son baladeur, par la responsable).

Les élèves: …microbiologiste ? Balayeur ? Président de la république ?

La responsable: Ben non, voyons, dans le domaine de la communication interculturelle!

Les élèves: … et donc ?

La responsable: Très simple, il vous faut un poste dans les langues ou le marketing ou le webdesign ou la vente ou la gestion de projet. Bon la réunion est terminée, on attend vos contrats d’ici deux semaines!

Les élèves: Non! Revenez! Ne nous laissez pas seuls! Non! Noooooooooooooooooooooooooon!

 

Bref on est paumés.

 

Mais le plus beau est arrivé trois jours plus tard, dans nos boîtes aux lettres de l’école. Une annonce d’une banque, cautionnée par l’administration, pour un traducteur-relecteur. Et là, ça a commencé à hurler dans les sous-sols (NDLR : le foyer des étudiants est en sous-sol). Parce que quand on a du choisir si on voulait faire une cinquième année ou jeter l’éponge après quatre ans, on nous a gentiment expliqué que, si on ne faisait que quatre ans, on serait relecteur ou possiblement traducteur, mais qu’en cinq ans, comme dit David Guetta, the world is ours. On a donc signé pour devenir des « facilitateurs interculturels » (non, ce n’est pas de la prostitution), et aujourd’hui ils nous poussent à choisir le bureau au fond du couloir où l’on ne voit jamais personne. Allez comprendre.

 

Et en fait, on a compris. Parce que X (nom caché pour respecter son anonymat et lui éviter des représailles sanglantes) a l’oreille fine, et a entendu Mme Z (bis) dire à Mme W (ter) qu’il fallait absolument leur envoyer des élèves cette année pour « gagner le contact ». Traduction (notre spécialité, après tout) : sacrifier quelques élèves pour le bien de ceux de l’année prochaine.

 

J’ai prétexté  une allergie à l’encre noire pour y échapper, mais qui sait si la prochaine fois ils ne me proposeront pas d’écrire en rouge.

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Monday, May 21, 2007

Jamais l’amer à boire

Le mois d’avril fut somptueux – fleurs, soleil, oiseaux etc. Puis vint le mois de mai. Le dérèglement du climat n’existe pas, si George W. l’a dit ça doit être vrai, mais aux trente degrés du printemps succèdent les giboulées de mai – et pour les étudiants parisiens, cela signifie que la migration bibliothèque-vers-pelouse s’est inversée, et au pas de course encore.

Nous sommes une génération trempée par des pluies inattendues.

Pourtant la fin de l’année scolaire approche. Lex exams, donc. Les vacances aussi. La recherche frénétique d’un but pour l’année prochaine. Le manque total de sens de notre vie ne nous apparaît jamais aussi clairement que quand on nous dit « Et tu fais quoi à la rentrée ? ».

C’est la panique à bord. Marie hésitait entre un boulot dont elle ne voulait pas (pour la sécurité) et un départ en Irlande sans filet. Charles n’a pas encore fait ses dossiers d’inscription. Yannick, qui devait reprendre ses études d’ingénieur en septembre, se demande si finalement ce n’est pas moins d’effort d’accepter des boulots pour lesquels il sera surqualifié et sous-payé. Et moi, au lieu de me chercher un boite pour mon alternance, j’en suis réduite à écrire mon blog, c’est dire où va le monde.

Nous sommes une génération sans courage.

L’injustice est complète. Sous le prétexte stupide que nous vivons dans la partie la plus gâtée d’un monde qui n’a jamais été aussi riche, on n’a même pas droit de se plaindre. Nous sommes une génération à qui on a tout servi dans l’assiette – demandez à Pôpa, il confirmera que tout est trop facile, et que de son temps le service militaire formait les jeunes ! Nan mais ! Et donc ? On a eu le confort matériel, les études ouvertes à tous (sauf les filières prestigieuses, ouvertes à quelques happy few, mais puisque Jacques nous dit que non il doit avoir raison), les télécommunications partout, le chauffage, l’eau potable, alors hein. C’est juste que le malaise nous prend parfois au ventre quand on lit les offres d’emploi. Des ingénieurs à 1400 euros, des interprètes à 8 euros de l’heure… Le baby-sitting au noir rapporte beaucoup plus. Mais de quoi nous plaignons-nous ? Des 25% de jeunes diplômés au chômage ? Du fait que des Bac+4 vendent des chaussures fautes d’avoir trouvé un emploi dans leur véritable domaine de prédilection, et d’études, l’édition ? Du fait que le scenario le plus optimiste pour les retraites donne 1 cotisant pour 1 retraité en 2050 ?

Nous sommes vraiment une génération mauvais esprit.

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