I don’t feel no shame…the world is mine!
Une fois encore, j’ai fait la preuve de mon extraordinaire talent pour la procrastination, et n’ai pas envoyé une seule candidature pour l’année prochaine.
Mais déjà j’ai trouvé un endroit où j’aimerai bien aller. On peut considérer ça comme un progrès.
Pour quelle raison tant de délai ? Je le sais depuis trois mois, qu’il me faut un contrat d’alternance pour septembre. Selon une habitude bien ancrée chez moi, je vais rejeter la faute sur quelqu’un d’autre, en l’occurrence: mon école. Pour vous donner une idée de l’ambiance, je vous rejoue la séance d’information…
La responsable: (Blabla institutionnel langue de bois, durée: 1h30). Vous avez des questions ?
Les élèves: Heu mais on peut faire quoi en fait ? Comme métier ?
La responsable: Et bien, tout. Grâce à nous, vous êtes multiculturels, multi-métiers et multifonctions, multitâches, multi-responsabilité, et multivalent, parce que ça aurait tout gâché de mettre un poly- à ce stade.
-Et multivitaminés?, demandé-je à ma voisine qui me fait signe d’arrêter de dire des idioties parce que la elle écoute (son baladeur, par la responsable).
Les élèves: …microbiologiste ? Balayeur ? Président de la république ?
La responsable: Ben non, voyons, dans le domaine de la communication interculturelle!
Les élèves: … et donc ?
La responsable: Très simple, il vous faut un poste dans les langues ou le marketing ou le webdesign ou la vente ou la gestion de projet. Bon la réunion est terminée, on attend vos contrats d’ici deux semaines!
Les élèves: Non! Revenez! Ne nous laissez pas seuls! Non! Noooooooooooooooooooooooooon!
Bref on est paumés.
Mais le plus beau est arrivé trois jours plus tard, dans nos boîtes aux lettres de l’école. Une annonce d’une banque, cautionnée par l’administration, pour un traducteur-relecteur. Et là, ça a commencé à hurler dans les sous-sols (NDLR : le foyer des étudiants est en sous-sol). Parce que quand on a du choisir si on voulait faire une cinquième année ou jeter l’éponge après quatre ans, on nous a gentiment expliqué que, si on ne faisait que quatre ans, on serait relecteur ou possiblement traducteur, mais qu’en cinq ans, comme dit David Guetta, the world is ours. On a donc signé pour devenir des « facilitateurs interculturels » (non, ce n’est pas de la prostitution), et aujourd’hui ils nous poussent à choisir le bureau au fond du couloir où l’on ne voit jamais personne. Allez comprendre.
Et en fait, on a compris. Parce que X (nom caché pour respecter son anonymat et lui éviter des représailles sanglantes) a l’oreille fine, et a entendu Mme Z (bis) dire à Mme W (ter) qu’il fallait absolument leur envoyer des élèves cette année pour « gagner le contact ». Traduction (notre spécialité, après tout) : sacrifier quelques élèves pour le bien de ceux de l’année prochaine.
J’ai prétexté une allergie à l’encre noire pour y échapper, mais qui sait si la prochaine fois ils ne me proposeront pas d’écrire en rouge.